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Campax

Le backlash dans le domaine de la migration

À l’origine, le terme “backlash” relève du domaine mécanique. Il désigne le jeu entre

les dents de deux engrenages. Lorsque le mécanisme s’arrête ou change de

direction brusquement, ce vide provoque un choc ou un mouvement de recul

saccadé appelé backlash.

En sociologie et en politique, ce retour en arrière survient souvent après une

avancée sociale. Car le changement n’est pas dans l’intérêt de tout le monde. Le

progrès bouscule l’ordre établi et remet en cause les rapports de pouvoir, ce qui

heurte les intérêts des groupes dominants dans l’ancien système. Ceux-ci font donc

leur possible pour rétablir l’ordre antérieur. C’est pour décrypter ce phénomène qu’on

a lancé une série d’événements sur le backlash.

Et pour parler du backlash dans le domaine de la migration, nous avons reçu Sophie Guignard, secrétaire politique de Solidarité sans frontière. Voici le résumé du

workshop qu’elle a donné à Lausanne, le 27 août.

Un backlash sans progrès préalable ?

Sophie Guignard a commencé sa présentation en nous expliquant qu’il est difficile de parler de backlash dans le domaine de la migration, puisqu’il n’y a pas vraiment eu de progrès. En effet, depuis l’entrée en vigueur de la première loi sur l’asile en Suisse, toutes les révisions ont contribué à durcir le régime d’asile et à restreindre progressivement les conditions d’accès à la protection. Au point d’arriver au stade où il n’y a plus vraiment de manière d’arriver sur le territoire suisse, ou européen de manière légale.

La migration comme bouc émissaire

Le domaine de la migration et de l’asile ne subit peut-être pas de backlash à proprement parler, mais la question migratoire joue un rôle central dans la dynamique actuelle d’attaques des avancées sociales. L’immigration, et par extension les personnes étrangères, ou perçues comme étrangères sont désignées comme la cause de tous les problèmes que l’extrême droite n’arrive pas et n’a pas du tout intérêt à régler (la crise du logement, la crise environnementale, la précarité,…). Une explication simpliste et populiste. Faire d’une minorité le bouc émissaire, c’est depuis longtemps la stratégie de l’extrême droite pour accéder au pouvoir. Elle se présente comme la seule force capable de “remettre de l’ordre”. Et lorsque les mesures répressives échouent, elle prétend qu’elles n’étaient tout simplement pas assez strictes, justifiant la fortification accrue des frontières. Et le cercle vicieux est ainsi alimenté. Une technique infaillible.

Quand le discours de droite gagne le centre

Ça, ce n’est pas nouveau. Ce qui est inquiétant, ajoute-t-elle, c’est que le centre bourgeois suisse monte aujourd’hui dans ce train en marche, lui aussi. L’UDC devient suivi au Parlement, par le PLR et par le Centre. Les objets xénophobes et parfois contraires à l’État de droits sont acceptés, voire lancés par un plus grand nombre de partis.

 

Un autre problème, c’est que l’UDC façonne le discours sur la migration depuis le début. Le parti a les ressources de lancer régulièrement des initiatives à ce sujet, cantonnant la gauche à une posture purement réactive. Face à cela, une contre-offensive politique s’impose pourtant, tout comme un effort de formation des acteurs politiques sur les réalités complexes de l’asile.

 

On a également abordé le sujet de Ceuta et son traitement médiatique en Suisse. L’information centrale aurait dû être que plus d’une centaine de personnes sont mortes. Pourtant, ce qu’on a relaté, c’est l’ampleur de l’afflux, la crise aux frontières et la réaction politique. Ce ne sont plus des personnes, ce sont des flux humains. Cette déshumanisation ouvre la porte à une attitude de rejet normalisée, et un droit d’asile toujours plus fragilisé.

Comment agir face à ce durcissement ?

Après ces constats catastrophiques, la question de comment agir efficacement pour
améliorer la solidarité en Suisse a été posée. Et ce qui est ressorti, c’est que
l’information est clé ici, et que c’est en mobilisant la base convaincue à aller voter et en convainquant les indécis·e·s qu’on a le plus d’impact, à l’échelle individuelle. Une bonne base de connaissances et la capacité de déconstruire les argumentations populistes sont indispensables à des discussions politiques. La propagande d’extrême droite est si efficace que, parfois, même les forces progressistes internalisent certains mécanismes de pensée. Comme par exemple l’idée qu’on ne pourrait pas « accueillir toute la misère du monde » ou la figure des « profiteurs » ou « faux réfugiés ».

 

Face à l’ampleur des attaques contre les droits des personnes migrantes, et par là contre les droits fondamentaux de toute la population, il est important de ne pas baisser les bras. Il n’y a malheureusement pas de recette miracle, mais continuer de mener avec conviction des actions de solidarité est toujours une valeur sûre.

Être solidaire, c’est refuser de croire le discours simpliste national populiste et le contredire dès qu’on a l’occasion. Être solidaire, c’est user de sa voix pour alerter les autorités, les élu·e·s et les médias sur les violations des droits humains que l’on observe. Être solidaire, c’est devenir membre ou sympatisant·e d’une association qui soutient directement des personnes concernées. Être solidaire, c’est mettre en place un réseau de soutien autour de personnes qui sont isolées. Être solidaire, c’est comprendre que les violations contre les droits des personnes migrantes affaiblissent nos droits à touxtes.

Quelques arguments pour répondre aux discours xénophobes

Voici un petit guide pour convaincre, en partant des phrases xénophobes qu’on entend trop souvent :

 

“Il en vient trop”

 

La part de la population mondiale vivant dans un autre pays que celui de sa naissance est stable depuis plusieurs décennies. Ce sont simplement les destinations qui changent. La migration n’est pas soudainement devenue un phénomène massif et sans précédent, comme certains l’affirment.

La majorité des immigré·e·s sont des travailleur·se·s qualifié·e·s qu’on est allé chercher, principalement en Europe. L’asile ne représente qu’une infime partie de l’immigration. Et le nombre de demandes d’asile reste assez stable : environ 20’000 par année depuis 10 ans. Il y a même une tendance à la baisse.

Enfin, si 25% de la population résidente n’a pas le passeport suisse, cela reflète surtout la lourdeur des procédures de naturalisation.

 

“Ce ne sont pas les bons”

 

Une vision très utilitariste. Il y aurait des “faux” réfugiés, selon certaines personnes. Des personnes qui n’ont pas besoin de l’asile, qui sont “juste” dans la misère et n’ont pas d’autre solution pour vivre, et décident de tout quitter pour tenter leur chance ailleurs. En quoi la survie n’est-elle pas une raison suffisante ? Les critères pour obtenir l’asile sont devenus si stricts qu’il est très difficile d’obtenir une protection sans prouver une persécution individuelle directe. Et fermer les frontières ne sert à rien. Lorsque la survie est en jeu, les personnes migrent, quitte à emprunter des voies clandestines.

 

“Ce sont des criminels”

 

L’UDC adore mettre en avant les faits divers dénonçant les crimes commis par les étrangers. Ils les collectionnent pour les utiliser dans leurs campagnes. 

 

Pourtant, les criminologues sont formel·le·s : ce sont les politiques publiques et les déterminants (âge, sexe, niveau de formation, niveau socio-économique) qui influencent la criminalité, et non pas l’origine géographique. D’ailleurs, entre 1981 et 2020, la population étrangère a doublé, et la criminalité est restée stable. 

 

On vous explique que les prisons regorgent d’étrangers? Vous pouvez répondre que 20% sont en en prison pour violation de la loi sur le séjour, et 50% pour des raisons financières, notamment des amendes qu’ils sont dans l’impossibilité de payer. En leur donnant de meilleures chances d’intégration, et des possibilités de travailler légalement, la criminalité cesserait d’être la seule option pour certaines personnes.

 

Et pour les violences faites aux femmes, la seule source que nous ayons sont les statistiques policières. De plus, elles ont deux fois plus de probabilités d’être dénoncées lorsqu’elles impliquent des personnes étrangères. Notons également que l’UDC refuse de financer les centres d’accueil pour femmes et les études sur les violences sexuelles et sexistes.

 

“Ils coûtent cher aux Suisses”

 

C’est vrai que cela coûte cher, les vols spéciaux de renvois quasiment à vide, et les mesures répressives. Investir dans une intégration rapide permettrait aux personnes arrivées de devenir rapidement autonomes financièrement. Aujourd’hui, le statut précaire du permis F, par exemple, enferme au contraire de nombreuses personnes dans une dépendance structurelle à l’aide sociale (dont elles ne touchent d’ailleurs qu’une partie) en limitant leur accès à l’emploi.

 

Si vous souhaitez vous aussi vous engager pour combattre les entraves à davantage

de solidarité en Suisse, parlez-en autour de vous, et venez à la manif organisée par

Solidarité sans frontière le 26 septembre prochain !

Aidez-nous à renforcer la résistance contre le « Backlash »

.

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