En collusion avec les géants russes du pétrole et du gaz

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Les exportations de pétrole et de gaz alimentent le trésor de guerre de Poutine. Une recherche menée par une coalition de différentes organisations et d’individus montre à quel point la place financière suisse y est impliquée.

Les Etats-Unis ont annoncé mardi qu’ils boycotteraient le pétrole, le gaz et le charbon russes ; et qu’ils ordonneraient aux institutions financières de couper les liens commerciaux avec les entreprises actives dans le secteur énergétique russe[1]. On ne sait pas encore si l’UE et éventuellement la Suisse suivront. Ce qui est sûr, c’est que les établissements financiers suisses ont des liens forts avec l’industrie pétrolière et gazière russe. C’est ce que montre une recherche commandée par une coalition de différentes organisations et individus à l’équipe de recherche DataCatering.

Des centaines de millions pour Gazprom

[2a] Les institutions financières suisses détenaient une participation de environ 400 millions de dollars US dans Gazprom avant le début de la guerre. La banque privée genevoise Pictet se taillait la part du lion avec 185 millions, ce qui faisait d’elle le 11e investisseur de Gazprom et lui rapportait l’équivalent de plus de 7 millions de dollars US [2b] lors du dernier versement de dividendes au printemps 2021. Suivent le Crédit Suisse (110M) et l’UBS (64M).

Mais les poids lourds privés de la place financière locale ne sont pas les seuls à participer à la machine carbon-pour-la guerewar de Poutine : les banques cantonales des cantons de Zurich (16M), Saint-Gall (2,7M) et Vaud (1,7M)[3] ainsi que, très probablement, la Banque Nationale Suisse ont également investi des millions dans Gazprom[4]. Aucun des établissements financiers cités n’a communiqué publiquement si et dans quelle mesure ces participations ont été vendues.

Gazprom n’est qu’un exemple parmi d’autres. Au total, les établissements financiers suisses détenaient avant le début de la guerre au moins 1,4 milliard de dollars US dans des groupes pétroliers et gaziers russes tels que Rosneft, Novatek, Lukoil, Tatneft ou Gazprom déjà cité.

Le CS est-il à nouveau menacé de dépréciation ?

Les grandes banques suisses ne se contentent pas d’investir dans l’industrie pétrolière et gazière russe, elles fournissent également des crédits. Ainsi, en 2018, le Credit Suisse a prêté plus de 500 millions de dollars [5] à Gazprom pour construire l’une des plus grandes usines de traitement du gaz au monde sur le fleuve Amour, non loin de la frontière chinoise[6]. La durée du crédit est de 17 ans, de sorte que la banque est liée à Gazprom par des relations commerciales jusqu’en 2036. Il n’est pas certain que celle-ci s’acquittera des intérêts exigés et le risque d’amortissements couteux pour le CS est élevé.

Crédits aux multinationales du commerce zougois

Les deux grandes banques entretiennent également des contacts étroits avec les négociants en pétrole et en gaz russes. Environ 80% des matières premières russes sont négociées via la Suisse[7]. Rien que pour Glencore, UBS et CS ont prêté chacune 1,5 milliard de dollars américains depuis 2018, Vitol 870 millions et Gunvor 700 millions[8].

Nora Scheel, directrice de campagne chez Campax : « Par ces investissements, crédits, financements commerciaux et assurances, la place financière suisse finance indirectement la guerre de Poutine contre l’Ukraine ». Le pétrole et le gaz représentent 50% des exportations russes et 36% du budget de l’État[9]. Ces valeurs ont sans doute encore augmenté entre-temps en raison des sanctions.

Promouvoir les énergies renouvelables plutôt que l’autocrate

La coalition demande donc à tous les établissements financiers suisses de cesser de fournir des services financiers aux entreprises énergétiques russes actives dans les secteurs du charbon, du pétrole et du gaz. Cela signifie notamment de ne plus mettre à disposition de ces entreprises aucun nouveau financement, investissement, assurance ou autre service financier et de désinvestir les actifs existants. Une liste de ces entreprises a été publiée par l’organisation « Reclaim Finance ».

Le boycott de la production énergétique russe ne doit en aucun cas conduire à remplacer le pétrole et le gaz russes par d’autres sources d’énergie fossile. Car, pour citer la climatologue ukrainienne Svitlana Krakovska, co-autrice du dernier rapport du GIEC : « Le changement climatique provoqué par l’homme et la guerre contre l’Ukraine ont les mêmes racines – les combustibles fossiles et notre dépendance à leur égard »[10]. L’abandon des énergies fossiles est plus que nécessaire et la guerre en Ukraine ne fait que montrer une fois de plus à quel point notre dépendance à leur égard est lourde de conséquences.

Pour Guillaume Durin du collectif BreakFree Suisse : « La dépendance mondiale aux combustibles fossiles continue de provoquer partout des conflits. Il est indispensable que nous travaillions à changer cet état de fait en entamant une transition rapide et équitable basée sur un vaste effort de sobriété et un approvisionnement en énergies renouvelables. Plus décentralisés et accessibles, les renouvelables peuvent augmenter notre autonomie et notre capacité à défendre la paix ».

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Pour les chiffres détaillés

Contact de presse: Guillaume Durin, BreakFree, [email protected], Signal/Whalsapp 0033 664 96 84 43

Font partie de la coalition :

  • Organisation Campax
  • Organisation BreakFree Suisse
  • Organisation fossil-free.ch
  • Christian Lüthi, Alliance pour le climat

Sources:
[1 ]La portée exacte n’est pas encore claire. https://www.whitehouse.gov/briefing-room/statements-releases/2022/03/08/fact-sheet-united-states-bans-imports-of-russian-oil-liquefied-natural-gas-and-coal/
[2a] Dans une première publication du 11 mars, il y avait quelques divergences dans les données d’investissement. Celles-ci ont été corrigées dans une mise à jour du 14 mars.
[2b] Les dividendes sont toujours fixés lors de l’assemblée générale et versés ensuite. Ainsi, le dividende par action pour l’année 2020 s’est élevé à 12,55 roubles.
[3] Source : DataCatering DataCatering basé sur la base de données économiques Refinitiv. Situation au 4.3.2022
[4] https://www.tagesanzeiger.ch/nationalbank-prueft-verkauf-russischer-wertpapiere-im-wert-von-ueber-100-millionen-624237608351
[5] Source : DataCatering basé sur la base de données économiques Refinitiv.
[6] https://www.gazprom.com/projects/amur-gpp/
[7] https://www.s-ge.com/sites/default/files/publication/free/wirtschaftsbericht-russland-2021-12.pdf
[8] Source : DataCatering DataCatering basé sur la base de données économiques Refinitiv.
[9] https://www.reuters.com/markets/europe/russias-oil-gas-revenue-windfall-2022-01-21/
[10] https://bankonourfuture.org/news/ukraine-letter-to-global-finance/

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